La construction neuve s'effondre, la modernisation devient le relais de croissance
Le marché de l'ascenseur connaît une bascule structurelle. En 2024, seuls 11 100 appareils neufs ont été vendus en France (+1 % vs 2023). (Source : Fédération des Ascenseurs, Communiqué de presse Assemblée générale, 15 mai 2025)
La construction neuve recule sous l'effet combiné de plusieurs facteurs :
- L'objectif ZAN limite les nouveaux projets, entraînant une chute des permis de construire. Inscrit dans la loi Climat et Résilience d'août 2021, le ZAN impose de diviser par deux le rythme d'artificialisation des sols entre 2021 et 2031. Par conséquent, le nombre de logements autorisés à la construction a fortement diminué ces dernières années. Moins de permis délivrés signifie moins d'immeubles neufs, et donc moins d'ascenseurs neufs à installer.
- Les coûts de construction ont bondi. Hausse des prix des matériaux (acier, béton, cuivre), augmentation des coûts de main-d'œuvre, renchérissement de l'énergie : le coût global d'un projet immobilier neuf a significativement augmenté depuis 2021. De nombreux programmes ont été reportés ou annulés faute de rentabilité.
Conséquence : la modernisation du parc existant devient le principal levier de croissance pour l'ensemble du secteur.
« Avec l'arrêt de la bétonisation, il y a beaucoup moins de permis de construire et beaucoup plus de volonté d'améliorer l'habitat existant. La modernisation est clairement devenue un levier de croissance pour toute l'industrie. » Yohan Maby, Directeur commercial Modernisation et Remplacement complet, KONE France-Belgique-Luxembourg
Pourtant, le marché de la modernisation a reculé de 10 % en 2024, à 235 millions d'euros. La Fédération des Ascenseurs parle d'une "modernisation en berne face aux enjeux urgents de rénovation du parc".
5 freins qui retardent la modernisation du parc
Le besoin est massif, mais plusieurs freins retardent les décisions :
C'est dans ce contexte que certains acteurs tirent leur épingle du jeu. En proposant des solutions de modernisation partielle adaptées aux contraintes budgétaires, et en accompagnant les décideurs dans le montage de leurs projets, ils parviennent à croître sur un marché globalement en repli.
Quand faut-il moderniser ? Les signaux d'alerte à connaître
Un ascenseur ne tombe pas en panne du jour au lendemain. Le vieillissement se manifeste progressivement.
- Pannes récurrentes. Au bout d'un certain temps, les composants s'usent et les interventions de dépannage se multiplient. Les coûts de maintenance augmentent progressivement, signal qu'une modernisation ou un remplacement mérite d'être envisagé.
- Imprécision d'arrêt aux paliers.Sur les équipements anciens, l'usure des systèmes de contrôle peut entraîner des écarts récurrents entre le sol de la cabine et celui du palier. Si un simple réglage ne suffit plus à corriger durablement le problème, le remplacement de l'armoire de commande peut s'avérer nécessaire.
- Surconsommation énergétique. Les anciens moteurs à deux vitesses consomment entre 4 000 et 4 400 kWh par an.
- Obsolescence technologique. Les armoires de commande anciennes ne permettent plus le diagnostic à distance ni la maintenance prédictive.
- Non-conformité réglementaire. La réglementation évolue régulièrement en matière de sécurité et d'accessibilité.
- Lenteurs de fonctionnement. Des temps de trajet allongés, des portes qui s'ouvrent et se ferment lentement, ou des délais d'attente anormalement longs sont autant de signes de vieillissement des composants mécaniques et électroniques.
- Aspect esthétique désuet. Un habillage cabine vieilli, un éclairage déficient ou des équipements datés affectent l'image du bâtiment et le confort des usagers. L'esthétique peut être un signal déclencheur de modernisation, notamment dans le tertiaire.
Moderniser ne signifie pas forcément tout remplacer
Une idée reçue persiste : pour moderniser un ascenseur, il faudrait tout changer. C'est faux. Il existe une alternative moins connue du public : la modernisation partielle (aussi appelée modernisation modulaire).
Ce que comprend une modernisation partielle
Les interventions les plus fréquentes concernent :
- L'armoire de commande électronique : le cerveau de l'ascenseur. Son remplacement permet d'accéder aux technologies connectées (diagnostic à distance, maintenance prédictive) et d'améliorer la précision d'arrêt aux paliers.
- Le système de traction (moteur et frein). Les nouveaux moteurs sans engrenage (gearless) sont plus silencieux, plus fiables et consomment moins d'énergie.
- Les portes palières et de cabine. Le remplacement par des portes automatiques modernes améliore la sécurité et réduit les risques de vandalisme.
- La signalisation et la téléalarme. Mise aux normes d'accessibilité, passage aux systèmes GSM 4G.
- L'habillage cabine. Éclairage LED, nouveaux revêtements, amélioration de l'esthétique.
| Données terrain KONE En 2025, la modernisation partielle a progressé de +15 % en volume, tandis que les remplacements complets ont bondi de +27 % par rapport à 2024. |
Jusqu'à 70 % d'économies d'énergie après modernisation
La consommation électrique d'un ascenseur représente 2 à 10 % de la facture annuelle d'un bâtiment, selon son âge et son usage. Cette consommation se répartit approximativement ainsi : 40 % pour l'éclairage, 38 % pour les trajets, 22 % pour l'électrification des composants.
| Type d'intervention | Économies d'énergie |
| Modernisation d'un ascenseur de +30 ans | env. 33 % (1/3) |
| Modernisation d'un système à deux vitesses | env. 70 % |
| Remplacement d’un ascenseur hydraulique - traction | >70 % |
| Modernisation d'un ascenseur sans local machinerie de +15 ans | env. 40 % |
La Fédération des Ascenseurs confirme : "Les appareils électriques les plus anciens équipés de treuil avec réducteur qui consomment entre 4 000 et 4 400 kWh/an, peuvent après rénovation apporter jusqu'à 70 % d'économie d'énergie."
« Nos clients publics ont des objectifs de –50 % d'empreinte carbone en 5 ans. Les kilowattheures économisés sur l'ascenseur, c'est un critère déterminant dans leur décision. » Yohan Maby, KONE France-Belgique-Luxembourg
Chaque secteur a ses propres priorités de modernisation
“L'analyse des données de marché KONE révèle des comportements et des motivations très différents selon le type de propriétaire”, précise Yohan Maby.
Demain : des ascenseurs connectés et une maintenance prédictive
Qu'il s'agisse d'une modernisation partielle ou d'un remplacement complet, les ascenseurs modernisés permettent d'atteindre les nouveaux standards de maintenance. Cette évolution technologique assure une meilleure disponibilité des équipements et prolonge leur durée de vie. Ils intègrent désormais une connectivité native permettant :
- Maintenance prédictive. L'analyse des données de fonctionnement via l'intelligence artificielle permet d'anticiper les dysfonctionnements et de réaliser des visites de maintenance plus ciblées.
- Prise en main à distance. Certaines situations de panne peuvent être résolues sans attendre l'arrivée d'un technicien.
- Intégration Smart Building. L'ascenseur communique avec les autres équipements du bâtiment (contrôle d'accès, gestion énergétique).
Résultat : une disponibilité moyenne de 99 % pour les équipements sous contrat de maintenance KONE, avec résolution de la plupart des dysfonctionnements sous 24 heures.
L'essentiel
Le parc français a pris du retard. Mais les signaux convergent : réglementation, vieillissement démographique, objectifs carbone, fin de la construction neuve. La fenêtre pour moderniser est ouverte.
Moderniser un ascenseur, c'est prolonger sa durée de vie, réduire sa consommation, améliorer la sécurité et l'accessibilité. Les solutions existent : de la modernisation partielle au remplacement complet.
Prochaine étape : objectiver la décision. KONE travaille actuellement sur un algorithme d'intelligence artificielle capable de calculer le retour sur investissement précis d'une modernisation. L'objectif : intégrer dans chaque devis les pannes évitées, les réparations supprimées et les économies d'énergie générées. De quoi transformer une dépense perçue en investissement mesurable.
Chiffres clés à retenir
| Indicateur | Donnée |
| Parc français | 653 000 ascenseurs |
| Trajets quotidiens | 100 millions |
| Part du parc de +25 ans | 40 % |
| Part du parc de +40 ans | 25 % |
| Équipement France | 9 pour 1 000 hab. |
| Équipement Espagne | 22 pour 1 000 hab. |
| Moyenne européenne | 11 pour 1 000 hab. |
| Marché global 2024 | 2,80 Md€ |
| Appareils neufs 2024 | 11 100 (+1 %) |
| Remplacements complets 2024 | 2 910 (+1 %) |
| Marché modernisation 2024 | 235 M€ (–10 %) |
| Effectifs du secteur | 17 200 salariés |
| Consommation ascenseur ancien | 4 000-4 400 kWh/an |
| Économies énergie après modernisation | 40 à 70 % |
| Croissance modernisation partielle KONE 2025 | +15 % |
| Croissance remplacement complet KONE 2025 | +27 % |
| HLM non accessibles | 50 % |
| Personnes 80+ ans en HLM sans ascenseur | 45 % |